FEUILLETS D’USINE : LA FORCE DU TÉMOIGNAGE, LES CHOIX DE DIDIER PERRIER.
Ouvrier intérimaire, entre crevettes, bulots et poissons panés, dans les conserveries lorientaises et les abattoirs, où il « sue comme un bœuf », Joseph Ponthus découvre le travail à la chaîne, les gestes mille fois répétés, les odeurs caractéristiques, le froid, le goût du sang et le corps qui souffre. C’est, constate-t-il, « l’esclavage moderne ». Cependant, il s’y tient « non pour gagner sa vie, mais des sous ». Qu’importe les gestes machinaux. Tout juste a-t-il le temps de réfléchir sur l’usine et sur lui-même.
Heureusement, de retour à son domicile, quelle que soit l’heure, l’ouvrier choisit l’écriture comme exutoire. Il écrit à la ligne, référence non seulement aux lignes de production sur lesquelles Joseph Ponthus travaille, mais, également, à la forme narrative choisie optant pour des vers libres, revenant à la ligne à la fin de chaque phrase.
Publé en 2019, son style donne toute son intensité au récit. Il séduit Didier Perrier, metteur en scène passionné de la compagnie saint-quentinoise l’Échappée. Présent à l’Eden, il inscrit cette œuvre puissante dans un triptyque « entre soumission et émancipation ». Pour davantage de force, la pièce fut répétée en usine avec une dernière résidence au Familistère de Guise. A Hirson, les textes choisis étaient portés par Laurent Nouzille et Noëllie Thibault, eux aussi au diapason, comme en écho au bruit des machines.