24 mai 2006
CONCOURS DE LA RESISTANCE ET DE LA DEPORTATION: LE DEVOIR D'HISTOIRE
En la circonstance, il est habituel d’évoquer le « devoir de mémoire ». Sans forcément toujours savoir que cette formule est due à un Résistant italien : Primo Levi.
Victime de l’antisémitisme et du fascisme, à 24 ans, il est déporté à Auschwitz et à Buchenwald. Il a ainsi vécu les horreurs du système concentrationnaire.
A l’heure donc où l’on ne cesse d’en appeler à ce « devoir de mémoire », et parfois seulement pour se donner bonne conscience le temps d’une commémoration, je voudrais évoquer le « devoir d’Histoire ».
En participant à ce concours de la Résistance et de la Déportation, vous avez, en effet, accompli, un « devoir d’Histoire ».
Dans tous les sens du terme.
Votre travail a été jugé digne d’être récompensé. C’est donc pour cela que vous êtes, ici, ce matin.
Mais surtout, vous avez acquis des connaissances historiques.
Je crois, en effet, que pour vraiment commémorer un événement ou pour véritablement rendre hommage, il faut, d’abord, disposer de la connaissance des événements.
Faute de quoi, le risque est réel de ne pas parvenir à la compréhension, encore moins, d’obtenir l’adhésion profonde à la commémoration ou à l’hommage rendu.
Si le « devoir d’histoire » n’accompagne pas le « devoir de mémoire », ou mieux, s’il ne le précède pas, chacun constatera, alors impuissant, la désaffection pour les cérémonies civiques et finira par regretter l’indifférence de nos concitoyens.
Voilà pourquoi, je suis persuadé que, grâce à vos recherches, et, en particulier, grâce au thème du concours de cette année « Résistance et monde rural », vous avez découvert une autre image de la Résistance.
Une image sans doute bien éloignée des représentations qu’en donne parfois le cinéma. Vous avez compris que la Résistance ne se limite pas seulement aux sabotages, aux combats, aux grands maquis.
Il y avait, bien sûr, des sabotages, des combats, des grands maquis, mais il y avait, aussi, la Résistance du quotidien, moins héroïque peut-être, mais tout aussi respectable.
Distribuer des tracts, venir, ponctuellement, en aide à un réfractaire, à un persécuté, à un aviateur allié, ou encore refuser les mensonges de la propagande de Vichy en écoutant la radio de Londres, cette « Voix de la France libre », c’était aussi de la Résistance.
Grâce à vos recherches, vous avez certainement mieux compris les limites d’un certain manichéisme.
Les Allemands n’étaient pas tous des nazis fanatisés. Du reste, les premiers camps de concentration à Dachau ou à Buchenwald furent créés dès 1933 pour, d’abord, y interner des Allemands … antinazis !
Les Allemands n’étaient pas tous des nazis fanatisés, pas plus que les Français n’étaient pas tous des patriotes résistants.
Vous savez maintenant que dans l’Aisne, il existait différentes organisations de Résistance, différents réseaux.
Il y avait, pour reprendre la belle formule du poète Aragon, souvent citée, mais si belle dans sa simplicité, il y avait « ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas », mais, tous, étaient au-delà de leurs divergences et de leurs désaccords ; tous étaient unis sur l’essentiel : la fin de l’occupation.
Grâce à votre participation au concours de la Résistance et de la déportation, vous avez, surtout, découvert ce que c’est que « faire de l’Histoire ».
Vous savez maintenant que la connaissance historique se construit patiemment. Elle s’élabore, à partir de l’étude et de la confrontation des documents, des textes, des photos, des témoignages.
Elle se bâtit, au fur et à mesure des recherches, à la lumière des problématiques.
Vous avez surtout compris qu’étudier la Résistance et la déportation en France pendant la Seconde guerre mondiale, ce n’est pas seulement étudier le passé pour le passé.
Du reste, le passé est-il définitivement mort ?
Dans le monde de 2006, la guerre n’est, malheureusement, pas du passé !
Dans le monde de 2006, oui, « on crie sans fin », comme le commentaire de Jean Cayrol, sur la dernière image de l’inoubliable documentaire d’Alain Resnais « Nuit et Brouillard » : cette image du camp d’Auschwitz qui s’éloigne sous nos yeux embués …
Justement, regarder l’Histoire en face, c’est, seulement, à cette condition que l’on peut comprendre le présent.
Regarder l’Histoire en face, c’est aussi à cette condition que l’on peut construire l’avenir, un avenir aux couleurs de la tolérance.
Un avenir aux couleurs de la liberté.
Un avenir, Cher Fernand Leblanc, aux couleurs de la fraternité.
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