27 octobre 2006
LA BELLE HISTOIRE (SÉNÉGALAISE) DE LA VIEILLE AMBULANCE D’AUBENTON.
Elle est rutilante et même pimpante en cette année 1991 lorsqu’elle arrive à Sissonne. Attendue par les sapeurs-pompiers, elle sillonne, sirène deux tons enclenchée, les routes du canton pour secourir les blessés, les transporter au Centre hospitalier. Pour accomplir la mission d’une ambulance du Service départemental d’incendie et de secours de l’Aisne.
Au film du temps, l’âge aidant, elle quitte Sissonne pour Ribemont. Là encore son utilité est réelle. Cependant le temps de la réforme approche. C’est décidé, elle finira sa carrière de VSAB à Aubenton. Les interventions y sont moins nombreuses, son utilisation occasionnelle.
Cette année, avec 93 000 Km au compteur et quinze années de bons et loyaux services, la vieille ambulance se voyait déjà à la casse, dépecée et réduite à quelques pièces détachées.
Le hasard et surtout la volonté conjointe de quelques hommes et femmes de bonne volonté viennent d’en décider autrement.
A Diama, au Sénégal, il n’y a pas d’électricité, comme dans les autres villages de la communauté rural de Koul. Les puits ne sont pas tous surveillés. L’alimentation en eau potable constitue donc toujours une difficulté majeure.
La production agricole est tributaire des deux mois annuels de pluie. Or depuis, deux ans, la sécheresse sévit. Côté sanitaire, faute de soins, les femmes du village meurent en couche et il n’existe aucun moyen de transport vers l’hôpital éloigné de Dakar.
Amadou Gaye a donc suscité la création d’un Comité de développement villageois dont le premier projet, outre l’éducation des enfants, l’électrification du village et le matériel agricole, demeure l’acquisition d’une ambulance.
Le hasard a mis sur sa route Bernard Deloffre, le Picard ; et Dominique Lobjois, le Thiérachiens. Tous deux ont alors contacté Jean-Jacques Thomas, le Président du Service départemental d’incendie et de secours pour savoir, si d’aventure, un véhicule réformé ne pourrait être proposé.
Le vieux Renault master aménagé était justement là prêt à partir pour la ferraille. Trois mécaniciens du SDIS, MM. Da Silva, Rochard et Masson lui ont alors rendu une seconde jeunesse. Avec le sentiment d’être utile, ils y ont consacré temps et passion. M. Siewiera et Mme Pernet l’ont, quant eux, spécialement préparé pour ce grand voyage.
Réaménagée, l’ambulance thiérachienne dispose désormais d’un matelas coquille, de deux sacs d'intervention secouriste, de deux insufflateurs manuels, de colliers cervicaux, d’attelles pour immobiliser des fractures et même d’un défibrillateur cardiaque semi-automatique.
Emmenée à Anvers, dans neuf semaines, elle abordera le continent africain pour une seconde carrière, pour répondre aux besoins d’une population qui n’imagine pas qu’il existe une autre solution médicale que la case de santé.
Pour le SDIS de l’Aisne, pour les bénévoles de l’association « Picardie », comme pour Amadou Gaye, présent à Laon, la cérémonie de remise des clefs était placée sous le signe d’une réelle émotion.
Elle était d’autant plus forte qu’elle démontre que la solidarité ne nécessite pas de moyens disproportionnés, simplement la même volonté qui vaut aujourd’hui à l’ambulance aubentonnaise de vivre sa (belle) histoire sénégalaise.
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