EFFRY CONFÉRENCE OSKAR MICHELSOHN 2020Jusqu’alors l’Histoire n’avait retenu d’Oskar Michelsohn qu’il avait sévi dans les lazarets, ces hôpitaux où étaient, théoriquement, confinés les malades contagieux de Dizy-le-Gros, Effry et Trélon. De 1915 à 1917, volontairement mis au service des militaires prussiens, le médecin civil appliquera avec zèle les instructions des nationalistes allemands. En 1917, à Effry, dans les locaux de l’ancienne usine Briffaut, 688 déportés, en majorité russes et roumains périront dans ce qui s’apparente davantage à un camp de prisonniers qu’à un lieu de soins. En totale violation avec le droit international, victime du tortionnaire, les prisonniers tomberont chaque jour victime du froid, de la faim et de la maladie. La guerre terminée, en 1921, Oskar Michelsohn sera traduit devant le tribunal impérial de Leipzig pour y être, finalement, acquitté.

EFFRY CONFÉRENCE OSKAR MICHELSOHN 2020 lazaret 1917La trace du bourreau aurait été perdue sans l’étude d’historiens, précise et rigoureuse, de Raymond Verhaeghe et d’Yves Métivier partis à la recherche « d’un homme, de sa pensée, de ses motivations ». Dans un livre abondamment illustré et documenté sur ce précurseur des médecins des camps de la mort, le voile se lève peu à peu sur cet héritier d’une famille juive, cynique engrenage d’une machine à broyer. La conférence donnée à Effry à l’initiative de Pierre Delabre et du Comité de la mémoire révèle comment « les émules d’Hitler ne manifesteront aucune gratitude » à Oskar Michelsohn parce qu'il est juif.

EFFRY CONFÉRENCE OSKAR MICHELSOHN 2020 publicComme « les Bolchéviques » sur lesquels il s’acharna dans l’Aisne et à Trélon, en novembre 1942, il entre à Auschwitz. Il perdra la vie le 6 novembre. Son épouse le suivra dans le même camp le 14 décembre où, elle aussi, périt. Après avoir été condamné à trois ans de prison en 1938 pour avoir effectué une quarantaine d’avortements, il fut, comme des milliers de ses compatriotes, ensuite contraint d’ajouter le prénom « Israel » au sien. Oskar Michelsohn pensa, à un moment, échapper à son destin en quittant l’Allemagne pour le Chili. Pour terrible qu’il soit, son châtiment n’en ressemble pas moins à celui infligé aux malheureux prisonniers de Dizy-le-gros, Effry et Trélon.