21 mars 2009
19 MARS 1962 : UNE DATE LOURDE DE SENS, TROP LONGTEMPS OCCULTÉE.
Lundi 19 mars 1962, à midi, après huit ans d’un conflit qui n’a jamais voulu dire son nom, d’abord appelée pacification, puis événements, la guerre d’Algérie s’achève. Du moins cessent officiellement les combats sur le terrain entre les troupes françaises et les combattants de l’armée de libération nationale. Cet événement historique est accueilli avec soulagement par la très grande majorité des Français. Il ouvre aux Algériens la voie de l’indépendance.
Comme chaque année, cet anniversaire fut commémoré à Hirson en présence d’une délégation importante d’anciens combattants et du Président du Comité d’entente patriotique. Le 19 mars y demeure en effet une date lourde de sens, synonyme de cessez le feu. Toutefois, Jean-Jacques Thomas le rappela, « il ne s’agit en aucun cas d’occulter les souffrances de ceux, qui au-delà du 19 mars ont été les ultimes victimes d’un conflit que les généraux de l’OAS tentèrent de poursuivre ».
En effet, durant cette guerre, 24 643 soldats Français furent tués, dont 15 583 au combat. 65 000 autres furent blessés. Du côté Algériens entre 500 000 et un million et demi de civils et militaires, selon les sources, laissèrent leur vie au cours de cette guerre où 3 millions de personnes furent également déplacées alors que 300.000 trouvèrent refuge au Maroc et en Tunisie.
Après avoir fleuri la stèle commémorative en compagnie de deux gendarmes mobiles de l’escadron hirsonnais - dont trois militaires tombèrent en Algérie – Jean-Jacques Thomas en appela à la mémoire de « tous ceux qui furent brisés » puis souligna comment pour les blessés, pour les familles des victimes, pour les veuves et les épouses qui vécurent si longtemps dans l’angoisse, cette date est celle du début de l’espoir, du retour à la paix ». Du reste, lors du référendum du 8 avril 1962, 90% des votants ratifièrent les accords d’Evian.
Toutefois, pour Jean-Jacques Thomas tout ne fut pas réglé pour autant. « Une politique d’oubli, affirma-t-il, va alors démarrer avec une série de décrets et de lois d’amnistie (échelonnés de 1962 à 1982) visant à guérir les troubles de la mémoire nationale par une cure d’amnésie. Contrairement au conseil de Gambetta sur l’Alsace-Lorraine (“N’en parlons jamais, pensons-y toujours”), la pensée officielle sur la guerre d’Algérie aurait pu se formuler ainsi : “N’en parlons jamais, n’y pensons jamais”. Et pourtant, un besoin de mémoire irrépressible et grandissant a toujours existé ».
Souvenir, vérité, réconciliation : « la commémoration du 19 mars rend d’abord hommage à l’ensemble des morts de cette guerre. Elle perpétue la mémoire d’une période noire de l’histoire et rappelle que des jeunes sont partis, certains sans se poser de question, d’autres la peur au ventre. En tout cas, ceux qui sont revenus avaient perdu leur insouciance, un grand nombre d’entre eux mirent d’ailleurs beaucoup de temps à retrouver leur équilibre ».
Malgré tout, trop longtemps occultée de l’enseignement, cette période déclencha nombre de prises de position passionnées, parfois irrationnelles. Aujourd’hui encore, l’histoire mêlée des peuples français et algériens fait encore l’objet de débats et controverses. D’où l’importance de ces cérémonies commémoratives.
Jean-Jacques Thomas de conclure : « chaque commémoration renforce donc les liens entre les générations. Elle est propice à l’enseignement et à la compréhension. Elle est porteuse des valeurs de la République, de démocratie, de fraternité, de liberté, de solidarité et de paix. Au-delà des anciens combattants, la date du 19 mars 1962 appartient donc à notre histoire. Elle appartient à la nation toute entière ! ».
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