AVEC PIERRE PERRET, LE MÊME PLAISIR D’OUÏR ET DE JOUIR DE BEAUX MOTS.
Les yeux mi-clos, il a écarté les bras comme après une victoire remporté sur soi-même. Retrouver après un an d’absence une salle, un public – même tout acquis – ses textes – anciens et nouveaux – crée un stress. Même aux plus grands. A 87 ans, Pierre Perret n’a pas cherché à dissimuler son émotion, ni le plaisir partagé et prolongé plus de deux heures durant.
L’artiste a toujours mêlé humour et liberté. Covid oblige, après avoir remis trois fois son passage à Pleyel – reprogrammé en fin d’année – Hirson constituait donc son grand retour sur scène. Un retour tel qu’en lui-même dans « sa France qui combat tous les totalitarismes, les racismes, les intégrismes, l’obscurantisme et tout manichéisme ». Une France qui aime les mots doux, d’argot, d’amour et, bien sûr ses gros mots empreints de poésie. Pierre Perret est d’abord un auteur. Du reste, il n’a pas chanté que pour les gamins. Même s’il a réécrit les Fables de La Fontaine, il a également signé une anthol.ogie de la poésie érotique.
Sur la scène Carpentier, zizi rime toujours avec Lily. Dans ses rappels, il a, également tenu à défendre les femmes battues « qui jusqu'à présent se sont tues, frappées à mort par un sale con » et auxquelles il dédia sa chanson ; à défendre les femmes grillagées « et outragées que les hommes ont rejetées dans l’obscurité ». Fragile, l’homme ne l’est qu’en apparence. De la liberté de ton, il tire sa force. N’en déplaise aux « Cons finis », après la pandémie, c’est promis « On s’en f’ra des bisous, on s’en f’ra des concerts. Ensemble, on chant’ra j’espère Lily et les colos».
Sans attendre, souvent a capella et dès les premières mesures, le public a, justement, repris Lily et les jolies colonies de vacances que Pierre Perret dirigea avec Colette Chirez et les jeunes choristes du Conservatoire avec lesquels il accepta de partager la scène, les micros et les musiciens. Cette ouverture est l’apanage des grands. Quelles que soient les circonstances, le poète a toujours raison et, dimanche, ses « Adieux provisoires » avaient davantage l’accent de retrouvailles longtemps espérées. Tant il est vrai qu’à l’image du public des Estivales, Pierre Perret fait chanter toutes les générations.


